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Aifelle *.

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3 mai 2018

Réflexions sur le voyage aujourd'hui

Je découvre l'auteur avec ce récit de voyage, je ne savais rien de lui avant de commencer. Ce n'est pas un récit chronologique, mais un mélange de continents, de pays, d'impressions dans le désordre. L'auteur a une vingtaine d'années quand il part et il a l'impression qu'il est né trop tard, que tout a été exploré avant lui et qu'il ne reste plus guère d'aventures inédites sur cette planète, le tourisme a tout envahi.
Il se prend néanmoins de passion pour l'Eurasie, nous emmène au Kosovo, en Albanie, dans les Andes, en Islande, en Sibérie etc .. Il prend parfois des risques inconsidérés, il ne sait pas vraiment ce qui le pousse. Après quelques années d'itinérance tous azimuts, il ressent le manque de véritables contacts avec les populations, qu'il attribue à l'absence d'une langue commune. Il se fixe quelque temps en Russie, apprend le russe et développe une connaissance plus approfondie des lieux où il se rend.
Ce que j'ai le plus apprécié, ce sont les réflexions de l'auteur sur ce qu'est le voyage aujourd'hui, ce que l'on peut encore en attendre à une époque de mutations constantes et rapides. Je suis toutefois restée à distance du récit, peut-être à cause d'un désenchantement assez marqué de l'auteur. Je n'ai pas réussi à cerner ce qui le motivait vraiment.

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1 mars 2018

Ouvrage posthume d'Aharon Appelfeld, ce roman reprend les thèmes chers à l'auteur : les temps heureux avant la catastrophe, la déportation, l'errance et la difficulté de se reconstruire sur des bases entièrement nouvelles.
Theo vient d'être libéré du camp n° 8 et il a pris la route, seul, laissant derrière lui ses compagnons de déportation. Son but est de marcher tout droit jusqu'à la petite ville d'où il venait pour retrouver ses parents, surtout sa mère, Yetti. Il a vingt ans.
Sur les routes, d'autres déportés errent, le plus souvent en groupe, désorientés, se nourrissant de vivres abandonnées par les soldats allemands, soignant ceux qui peuvent l'être, bricolant des abris de fortune. Théo ne se sent pas à l'aise avec les autres, il se reproche d'avoir abandonné ses camarades, alors qu'ils l'avaient aidé à survivre. Sans eux, il serait mort du thyphus.
Réfugié depuis quelques jours dans une cabane où il a trouvé tout ce qu'il lui faut, il accueille Madeleine, une femme couverte de plaies. Il se trouve qu'elle a bien connu son père. Il est heureux qu'elle lui raconte l'homme qu'il était. Obnubilé par sa mère, il est triste d'avoir méconnu cet homme bon et généreux.
Malgré son absence de forces physiques, Théo reprend la route et ses journées se déroulent entre rencontres et divagations. Toujours son esprit revient à sa mère, une femme à la beauté fracassante, fantasque et inconséquente, subjuguée par les églises et leurs chants. Elle n'aime rien tant que visiter des monastères et entraîner Théo dans des escapades soudaines et coûteuses. Il lui était viscéralement attaché, ébloui par ses fantaisies et son ascendant sur les autres.
Théo irrite les hommes qu'il rencontre en parlant de sa mère et de son amour des églises. Après ce que les Juifs viennent de vivre, on le prend pour un provocateur et il se croit poursuivi par un groupe qui voudrait le punir.
Livre posthume de l'auteur, c'est un des meilleurs que j'ai lus. Il y a le côté poignant des survivants, errant dans la campagne, ayant compris pour la plupart qu'ils ne retrouveraient personne et que le monde qu'ils avaient connu a sombré définitivement. Et il y a les souvenirs d'enfance de Théo avec sa mère, poétiques, ouverts sur le rêve et l'inconnu, revenant à une époque où tout était possible.
L'écriture est magnifique. A découvrir absolument.

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24 janvier 2018

Un témoignage indispensable

À plus de 80 ans, Robert Bober part pour l'Autriche sur les traces de son arrière-grand-père, Wolf Leib Fränkel. Une partie de sa famille a disparu en déportation et lui-même a échappé de peu à la rafle du Vel d'hiver. Son aïeul a voulu émigrer aux États-Unis, mais s'est fait refouler à Ellis Island. Il s'est retrouvé en Autriche, où la vie était plus facile qu'en Pologne pour les juifs. Il y a fait venir une partie de sa famille. Ils ont logé dans le quartier de Léopoldstadt, à Vienne, ou plus d'un habitant sur deux était juif.

Robert Bober se penche sur les archives, imaginant la vie de la famille, la culture yiddish, il se promène dans le Vienne des écrivains, qui était sûrement inaccessible à son arrière-grand-père, modeste ferblantier. Vienne dans les années 20 était une ville moderne, ouverte, bouillonnante, où vivaient Arthur Schnitzler, Stefan Zweig, Joseph Roth, Sigmund Freud etc ... L'intelligentsia se retrouvait dans les célèbres cafés viennois.

Nous suivons l'auteur dans ses recherches, ses promenades à la recherche de cette Vienne-là. La quête intime rejoint bien sûr l'histoire. L'Autriche a réussi à se faire passer pour victime du nazisme après la guerre alors que ses habitants ont fait un triomphe à Hitler en 1938. Aucune rue ne porte le nom de Schnitzler, mais la statue de son ancien maire, Karl Lueger, inspirateur du Führer, est toujours en place.

L'arrière-grand-père de Robert Bober est mort bien avant le désastre, mais une partie de ses descendants a disparu dans les camps. L'auteur retrouve un de ses cousins à Vienne, sans pouvoir le rencontrer. À sa stupéfaction, il apprend que celui-ci, traumatisé par la déportation de ses parents, a décidé d'effacer toutes les traces de son judaïsme et ne veut plus en entendre parler.

La démarche de l'auteur, qui part à la rencontre de ses ancêtres sur ses vieux jours, est bouleversante et racontée avec pudeur et discrétion.

C'est un beau livre, qui reproduit de nombreux documents, des dessins d'époque, des photos de famille, des vestiges des synagogues brûlées et des vues du cimetière abandonné où Robert Bober cherche à plusieurs reprises la tombe de son aïeul.

Il est à signaler que le livre est sorti en même temps qu'un documentaire en miroir. Ils se complètent et l'idéal est de prendre connaissance des deux, livre et film.

( Prix France Bleu . Prix Orange 2017 )

Sabine Wespieser Éditeur

21,00
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2 mai 2017

Coup de coeur

Gros coup de coeur de la rentrée 2017, sans aucune réserve. J'ai été emballée par la narration et le style de ce roman. Il y a un allant et une verdeur de langage qui emporte dans un mélange d'humour, d'auto-dérision et de chaleur humaine.
L'histoire est construite autour d'un fait historique. L'île de Haïti, fraîchement indépendante, propose en 1939 par un décret-loi, d'accueillir tous les juifs persécutés en Europe qui en feront la demande et de leur accorder la nationalité haïtienne.
Au début du roman, le Dr Ruben Schwarzberg, âgé de 95 ans, reçoit la visite en 2010 d'une petite-nièce Israëlienne, qu'il n'a jamais vue. Deborah est médecin elle aussi et fait partie d'une mission venue aider après le séisme dont tout le monde a le souvenir. C'est l'occasion de revenir enfin sur sa longue vie, démarrée en Pologne et bousculée par l'histoire avec un grand H.
Ruben est donc né en Pologne, dans une famille soudée, chaleureuse, aimante, haute en couleurs. Il connaîtra l'exil d'abord à Berlin, ensuite en France, puis Haïti. Il est impossible de résumer le foisonnement d'évènements qui jalonne la vie du Docteur, c'est la trajectoire qu'ont connu tant des siens persécutés, pourchassés, tués, indésirables à peu près partout.
Dans l'émission "La Grande librairie" l'auteur parle de trouver "un ton, une langue" et le grand plaisir de lecture se situe ici. Il l'a trouvé le ton et malgré la noirceur de l'histoire, c'est un côté flamboyant qui ressort le plus, dû aux rencontres, à l'amitié, aux moments de fêtes, à l'accueil spontané et sans chichis des Haïtiens. La description qui est faite de la population est bien loin du misérabilisme que l'on nous présente souvent, même si les points noirs ne sont pas occultés.
C'est tout ce que je demande à un roman : une histoire solide, appuyée sur un fond historique, qui ouvre sur d'autres horizons, des personnages que l'on a hâte de retrouver chaque soir et que l'on quitte à regret, une écriture qui m'a fait penser à un feu d'artifice, colorée, imagée, savoureuse. A noter, des personnages féminins puissants et essentiels dans le destin du Docteur.
A lire, sans hésitation.

Prix Renaudot des Lycéens - 2016

Alma Éditeur

18,00
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19 avril 2016

Trois générations de femmes en Tchécoslovaquie. Magdalena, Libuse et Eva. Toutes les trois bâtardes. J'y ajouterais Marie, la plus ancienne de la lignée et non des moindres, sa personnalité pesant sur les suivantes. Elles vivent pauvrement à la frontière autrichienne, élevant des vaches, tenant un café ou brodant selon la situation du moment, entendez situation politique, puisque la première connaîtra l'annexion nazie, la deuxième le communisme et la dernière la chute du mur de Berlin.
Le roman est divisé en trois parties, une nouvelle narratrice prenant la parole. C'est ainsi que nous voyons le déroulement des années par trois regards différents, les uns éclairant les autres. C'est l'intérêt et la limite du roman, j'ai eu du mal à abandonner la première narratrice, Magdalena et à ne plus entendre parler d'elle que par la bouche de sa fille et de sa petite-fille. Je n'ai pas réussi à faire le lien entre la jeune fille vive et pleine de rêves et la femme qui se laisse soumettre par un bon à rien, sous la férule de Marie.
Dans le coin de campagne paumé où elles habitent, les filles semblent assez naïves ; pourtant, l'environnement est dur, les conditions de vie également. L'avenir n'est pas rose, ce qui ne les empêche pas de rêver au grand amour et de croire parfois le vivre. Mais l'intérêt premier du roman est le contexte historique, où l'on voit une fois de plus que la grande histoire pèse lourd sur les destins individuels.
A noter que l'auteure, Tchèque, vit en France depuis une dizaine d'années et a écrit directement en français.