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Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

19,60
Conseillé par
8 novembre 2022

Après le froid des enquêtes de la police des rennes et son formidable Le cartographe des Indes boréales, plutôt basé dans des régions frisquettes elles-aussi, Olivier Truc change de climat et nous emmène au Pakistan, en avril/mai, en pleine chaleur à peine supportable. C'est l'occasion pour lui d'aborder cet attentat contre les ingénieurs français de la DCN et de parler des victimes oubliées et d'une enquête qui n'avance pas, qui n'a toujours pas de réponses claires à leur apporter. Le versant politique sera une condamnation pour François Léotard et une relaxe pour Balladur. "Quelle mascarade ! Quand tu penses que tout le monde ressort libre... Quelle claque pour ceux qui sont morts, pour les blessés, pour les familles !" (p.67)

A Karachi, Jef est très surveillé notamment par un colonel des services secrets, et Sara la lieutenante ne peut pas l'aider comme il le voudrait : être une femme libre, au Pakistan, qui rencontre un étranger est très mal vu. Néanmoins, et en prenant des risques Jef avance et Olivier Truc nous enfonce dans les ruelles de Karachi, parle du quotidien des habitants qui vivent dans ce "pays de mollahs et de militaires aux pouvoirs exorbitants, mais aussi un pays qui nourrit des Habib Jalib." (p.212) Habib Jalib, poète ourdou, dissident et vagabond cité par l'auteur comme d'autres poètes ourdous qui servent de moyen de communication à Jef et Sara. Olivier Truc raconte ce pays à la fois violent, dur et dans lequel la poésie est très présente, qui repousse par sa violence autant qu'il attire par sa culture.

C'est donc un roman noir dans lequel on ne verra pas l'auteur sortir une résolution de son chapeau. Il échafaude, il récapitule, il relate et décrit le contexte de l'attentat et des lieux vingt ans plus tard. En cela, il est assez original, se démarquant des romans avec crime, enquête et arrestation des coupables. Il faut y ajouter le Pakistan qui est un pays que j'ai peu souvent rencontré dans mes lectures et le talent de l'auteur pour raconter des histoires, pour insérer de la fiction dans la réalité pour qu'icelle soit davantage diffusée, notamment si elle se déroule loin de chez nous... "La loi du mort-kilomètre... [...] Une espèce de loi non écrite du journalisme. On écrit d'abord sur ce qui se passe devant sa porte. Un attentat à Karachi avec 50 morts aura autant de place qu'une agression au couteau à Heidelberg que la voisine qui se tord le pied en traversant la route à cause d'un trou pas réparé par la voirie." (p.229)

Traduit de l'anglais (états-unis) par brice matthieussent

10-18

6,10
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27 octobre 2022

Henry Chinaski, pendant la Seconde Guerre Mondiale, traîne de ville en ville aux États-Unis. De La Nouvelle-Orléans à New York, en passant par Philadelphie, Miami, jusqu'à Los Angeles. A chaque fois, il cherche une piaule, un petit boulot pas trop fatigant. Puis il écume les bars, dragouille et revient avec des filles, fait de drôles de rencontres qui le mènent une fois sur un yacht. Il parie aux courses, picole, erre dans les rues, picole encore...

Henri Chinaski dit Hank, l'alter ego de l'auteur bâtit ainsi sa légende qu'il se plaira à confirmer sur certains plateaux de télé.

Mon dernier Bukowski date de mes années de jeune adulte. Je l'ai beaucoup lu, je trouvais cela transgressif, violent, décadent, dans les années 1980/1990. Et puis, je me suis lassé, parce que je trouvais qu'il tournait en rond, que ses délires d'alcoolique queutard, vaguement écrivain, ça ne m'apportait pas grand chose. J'avais surtout l'impression de toujours lire le même livre, qu'il n'y avait que le titre qui changeait. Dans le genre, je préférais Henry Miller.

Et voilà-t-y-pas qu'en allant acheter un dictionnaire anti-faute d'orthographe -si si ça existe-, je déambulais dans les travées de la librairie et je tombai sur cette réédition avec cette couverture très réussie. Bon, me dis-je in petto, c'est peut-être le moment de relire Bukowski ? Je relis donc, trouve quelques phrases pas mal du tout : "Le boulot était simple et crétin, mais les employés trouvaient toujours un sujet d'agitation. Ils s'en faisaient pour leur boulot. [...] C'est là que j'appris pour la première fois qu'il ne suffisait pas de faire son boulot, mais qu'il fallait aussi y trouver de l'intérêt, voire une passion." (p.12/13) Et d'autres disséminées ici et là, entre les beuveries, les coucheries, le travail alimentaire en attendant que la littérature paie.

J'y retrouve les travers ci-dessus énoncés : l'auteur tourne un peu en rond : errances, picoles, baisouilles, fuites de ville en ville... Ça peut sembler répétitif, long et inutile, ça l'est parfois.

Nonobstant ces remarques, il est intéressant de (re)lire Bukowski maintenant. A l'heure où nos sociétés se puritanisent, s'offusquent du moindre débordement, ça dépote et ça va à contre-courant de ce que l'on veut nous proposer comme modèle. Ce serait un livre de la rentrée littéraire de 2022, il faudrait sans doute y mettre des avertissements en pagaille : "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé", sur l'addiction au jeu, sur les violences faites aux femmes... Tout, il dézingue tout Bukowski, il ne passerait pas les fourches caudines de la bien-pensance actuelle.

29,00
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27 octobre 2022

Ce n'était pas courant d'être une mère célibataire, trentenaire, avec deux enfants au début des années 70. Encore moins à Tanger. Jeanne, la mère d'Alain Rémy vient de se séparer de son mari et enseigne en tant qu'expatriée au Maroc. C'est là que sont nés Alain et Nicolas son frère.

Plutôt jolie, seule donc, et dans une époque assez libérée, Jeanne attire la convoitise des hommes. Quelques-uns traversent sa vie. Puis arrive Paulo qui sera là jusqu'au bout, jusqu'à la fin de la maladie, une tumeur au cerveau qui emporte Jeanne, en 2002.

Alain Gaston Rémy, bédéiste, raconte la vie de Jeanne.

Née dans le fin fond du Jura, rien ne la destinait à voyager autant, à demander des mutations dans divers pays de l'Afrique, avec toujours le Maroc et le Jura comme repères. Les points d'ancrage. Jeanne vit une vie de femme libérée mais aussi une vie de maman de trois enfants car Nathalie naît, la fille de Paulo. Et Alain Rémy de raconter son enfance à Tanger, entre insouciance, partage avec toutes les communautés sans racisme, bagarres entre garçons, libido naissante...Et les relations familiales pas toujours simples, puis son départ post-bac vers la France, loin des siens.

C'est un très beau roman graphique qui raconte une vie de famille pas banale, faite de nombreux voyages, de lieux de vie, de rencontres, de départs, d'absence -celle de Jean-Claude, le père d'Alain parti en France pour chanter et qui réussira d'ailleurs avant de passer à autre chose aux Comores et à Madagascar. C'est une biographie dans laquelle, même si ce n'est pas toujours dit, on sent tous les liens familiaux, l'amour qui lie toutes les personnes qui gravitent autour de Jeanne. Le ton est grave notamment autour de la maladie, mais aussi plus léger sur l'enfance. J'aime beaucoup le dessin, libre, sans cases tracées, qui fait la part belle aux personnes, couleurs pastel et ambiances exotiques. Je me demandais à quel autre ouvrage il me faisait penser ; bon sang mais c'est bien sûr : Une histoire populaire de la France dessinée par Alain Gaston Rémy.

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27 octobre 2022

Les Tuskegee Airmen furent les seuls noirs qui purent piloter des avions de chasse de l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils s’entraînaient sur de vieux avions, les seuls qu'on laissait à leur disposition, les accidents étaient fréquents. Le jeune Robert Hoffman survit à l'un d'eux et fut ensuite surnommé Ghost.

Des années plus tard, en 1969, dans l'Alabama profondément raciste, il tient un garage et n'a jamais évoqué son passé de pilote à son fils Mark qui pourtant rêve de voler. Les deux hommes ne se parlent que peu, Mark est parti étudier en Floride, mais son retour pour présenter Jenny son amie, serait peut-être le bon moment.

Série prévue en deux tomes dont voici le premier scénarisé par Benjamin von Eckartsberg qui mêle une famille de fiction à la réalité des Tuskegee Airmen. A travers un homme, on s'intéresse donc à l'histoire de la lutte pour les droits des noirs qui espèrent après leurs faits d'armes être enfin acceptés par les blancs. Évidemment et malheureusement, on sait maintenant qu'il faudra beaucoup plus que des actes de bravoure pour poindre vers l'égalité et que même de nos jours, elle n'est pas réellement atteinte.

Le dessin est d'Olivier Dauger, très coloré, un côté cinématographique évident, un peu comics également, bref un genre très convaincant qui nous replonge aisément dans les séries et films qui parlent des années 40 à 60 aux États-Unis.

Le tout donne un album très réussi qui aborde des thèmes forts : la guerre, le racisme, les traumatismes, la transmission, la lutte pour les droits, de manière fine. Il pourra être lu par le plus grand nombre.

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27 octobre 2022

Violette est hôtesse de l'air et se prépare pour devenir profiler. Elle s'exerce dans l'avion à cerner tous les voyageurs jusqu'au moment où un homme qui semble perdu, l'intrigue. Puis, à l'aéroport, l'homme erre, hagard. Violette lui propose son aide. Elle retrouve ses bagages et apprend en même temps que lui qu'il s'appelle Étienne Rambert. Il est amnésique. Violette décide d'aider Étienne à retrouver sa vie.

Mis à part quelques trucs agaçants comme des remarques de Violette sur la prétendue réalité de leur situation contre la fiction, cette bande dessinée est pas mal du tout. L'amnésie n'est pas un thème nouveau, mais Didier Tronchet qui a écrit le récit sait tirer profit de ses prédécesseurs. Violette apporte de la fraîcheur, elle virevolte, secoue Etienne, le déstabilise. Étienne est davantage passif, hésite à retrouver la mémoire car il sent qu'il s'est passé un truc louche.

Les dessins d'Olivier Balez sont excellents et l'on lit les hésitations d'Étienne, l'enthousiasme de Violette. L'ensemble donne un album très agréable, une histoire que l'on suit avec grand plaisir.